interview-francis-kurkdjian-perfumer-vision-luxury

Francis Kurkdjian : Mon idée du luxe

En 2001, Francis Kurkdjian était le premier parfumeur à créer son atelier sur-mesure.

À 25 ans seulement Francis Kurkdjian signait Le Mâle de Jean-Paul Gaultier. Depuis, on ne compte plus le nombre de parfums iconiques imaginés par ce parfumeur discret, mais néanmoins incontournable. Des heures durant, il pourrait parler de parfums comme personne, mais le temps d’une interview c’est sur sa vision du luxe qu’il se livre.

“Aujourd’hui le luxe se définit par un seul mot : La liberté. Celle d’être, de choisir, de bouger, d’exister.”

Vous êtes le premier à avoir créé votre atelier de parfum sur-mesure. Avoir sa propre fragrance qui ne ressemble à aucune autre, est-ce cela le luxe en matière de parfumerie ?

Le luxe en parfumerie c’est avant tout pouvoir s’offrir le ou les parfums qui vous ressemblent. C’est une question d’émotion et pas forcément de prix. Quand je compose un parfum sur-mesure, c’est-à-dire une pièce unique, à ne pas confondre avec l’idée du sur-mesure de la haute couture, j’aide son commanditaire à faire ce voyage dans le beau olfactif, le plus justement possible, c’est le luxe ultime en parfumerie.

Jean Paul Gaultier, Elie Saab, ou encore les maisons Lanvin, Dior, et Rick Owens pour son parfum personnel : les plus grands noms de la haute couture ont fait appel à vous. Un autre univers du luxe qui vous parle ?

La couture est un univers qui me parle et qui m’inspire. J’ai grandi avec, entre autres, le bruit des ciseaux de couture et la machine à coudre de mon grand-père, le silence des aiguilles qui font, défont et refont pour atteindre la perfection. J’aurais voulu être couturier, mais ne sachant pas vraiment bien dessiner, je suis devenu parfumeur. Je compose mes parfums en pensant que ce sont des vêtements invisibles. Et eux aussi ont besoin du corps pour s’exprimer.

En collaboration avec l’artiste Sophie Calle et dans le cadre d’une exposition à la Fondation Cartier vous avez imaginé l’Odeur de l’argent, incarnée par celle des billets de banque… De quoi, ou de quels lieux, vous inspireriez-vous pour penser l’odeur du luxe ?

Ce serait sans doute le souvenir de mes voyages « extra-ordinaires »… le lever du soleil sur la pyramide de Chéops, la brume matinale sur l’île de Naoshima, le soleil qui écrase la roche à Pétra. Ces lieux où la pensée et la main de l’homme ne font plus qu’un.

En 1929 Jean Patou présentait Joy, sous le slogan « le parfum le plus cher du monde » : les notions de luxe et de cherté sont-elles forcément liées ?

Joy de Jean Patou est une incarnation du XXe siècle du luxe. La rareté des ingrédients et de l’emballage définissaient alors le produit de luxe. Le XXIe siècle tend à redéfinir cette notion. Le luxe se dématérialise comme tout le monde sensible autour de nous. Aujourd’hui pour moi, il se définit par un seul mot : la liberté. Celle d’être, de choisir, de bouger, d’exister.

Vous voyagez souvent. Quelle est selon vous la capitale du luxe dans le monde ?

Sans hésitation aucune : Paris. Il y a un équilibre à Paris que je ne retrouve nulle part ailleurs.

 

Cet article est un extrait du BARNES Luxury Homes, Édition Internationale 2018, numéro 23.
Vous pouvez consulter le magazine en ligne ou le recevoir gratuitement chez vous.

See this page in English

BARNES International
S'abonner à notre newsletter
Chaque semaine, un sourire, une découverte, un endroit secret, un bon conseil.

Commenter

Pin It on Pinterest